Le paturage tournant est une technique de gestion des prairies qui revolutionne la productivite des systemes herbagers bovins. En alternant les periodes de pature et de repos sur des parcelles tournantes, cette methode maximise la quantite et la qualite d’herbe produite et consommee, tout en preservant la sante du couvert vegetal. De plus en plus d’eleveurs adoptent ce systeme face a la hausse des prix des intrants et a la necessite de reduire leur dependance aux concentres. Ce guide pratique vous explique comment mettre en place et piloter un paturage tournant efficace sur votre exploitation bovine.

Qu’est-ce que le paturage tournant et pourquoi l’adopter ?
Le paturage tournant (PT), aussi appele paturage rotatif ou paturage dynamique, consiste a diviser la surface prairiale disponible en un certain nombre de parcelles (ou paddocks) que le troupeau pature successivement avant de revenir sur la premiere parcelle. Entre deux passages, chaque parcelle beneficie d’une periode de repos qui lui permet de se regenerer. Cette alternance pature-repos correspond au rythme naturel de croissance de l’herbe et permet d’exploiter les prairies a leur stade optimal de valeur alimentaire. Comparativement au paturage continu (ou les animaux ont acces en permanence a toute la surface), le paturage tournant permet d’augmenter la production d’herbe par hectare de 15 a 40 %, de reduire les refus et le pietinement, et d’ameliorer la composition botanique des prairies. Il contribue aussi directement a reduire le poste fourrage de la ration alimentaire bovine en valorisant mieux l’herbe paturee, ce qui impacte favorablement votre cout de production bovin et votre marge brute.
Comment calculer le nombre de paddocks necessaires ?
Le calcul du nombre de paddocks est la cle de voute du systeme de paturage tournant. Il depend du temps de sejour choisi par paddock, du temps de repos necessaire a la prairie et de la croissance de l’herbe selon la saison. En pratique, le temps de sejour par paddock doit etre court (2 a 5 jours maximum) pour eviter que les bovins ne repatent les repousses fraichement levees, ce qui affaiblirait les plantes. Le temps de repos est plus long : 25 a 35 jours au printemps (croissance rapide), 50 a 60 jours en ete (croissance ralentie par la secheresse). Si l’on prend un temps de sejour de 3 jours et un temps de repos de 30 jours, il faut environ 11 paddocks (30/3 + 1). La surface de chaque paddock se calcule ensuite en fonction de la charge instantanee du troupeau et de l’herbe disponible a l’entree (objectif d’entree generalement a 10-12 cm de hauteur, sortie a 5-6 cm). Ces calculs s’articulent avec la gestion globale du systeme fourrager et les choix de races bovines les plus adaptees aux systemes herbagers.

Les outils de mesure et de pilotage du paturage
Le pilotage du paturage tournant repose sur des mesures regulieres de la hauteur et de la masse d’herbe disponible. L’herbometre a plateau est l’outil le plus repandu : un simple batonnet gradue avec un plateau coulissant qui mesure la hauteur d’herbe sous compression. La relation entre hauteur mesure (en cm) et masse d’herbe (en kg MS/ha) est definie par des abaques etablis pour chaque type de prairie. Des outils plus sophistiques existent : les capteurs de biomasse embarques sur tracteur (herbometres electroniques), les drones avec imagerie multispectrale permettant de cartographier la biomasse a l’echelle de l’exploitation. Des applications mobiles comme Herbi, Agripaturage ou MesHerbes facilitent aujourd’hui le suivi quotidien des parcelles, l’historique des passages et les previsions de rotation. Ces outils numericques s’inscrivent dans la modernisation des equipements et installations d’elevage.
L’indice de nutrition azotee : un indicateur cle de la qualite des prairies
La qualite nutritive de l’herbe paturee varie enormement selon le stade de vegetation, l’espece prairiale et la fertilisation. Une herbe jeune et feuillee au printemps peut atteindre 0,95 UFL/kg MS avec 140 g de PDI, soit des valeurs equivalentes a un bon ensilage de mais. En revanche, une herbe montee en graine en ete peut tomber a 0,65 UFL/kg MS, insuffisante pour soutenir une vache haute productrice. Surveiller la hauteur d’entree et de sortie permet d’intervenir au bon moment : faucher les refus pour relancer la croissance, ajuster la charge en entrant ou en sortant des parcelles de la rotation. La fertilisation raisonnee des prairies (azote fractionne, phosphore et potasse selon analyses de sol) est un levier essentiel pour maintenir la productivite, en lien avec les aides PAC et les contraintes reglementaires en zones vulnerables aux nitrates.

Paturage tournant et bien-etre animal : un lien etroit
Le paturage est une source majeure de bien-etre pour les bovins : possibilite de marcher, de choisir leur alimentation, d’exprimer des comportements sociaux naturels. Les bovins au paturage presentent generalement moins de boiteries, moins de mammites et une meilleure longite que leurs congeneres en stabulation permanente. Le paturage tournant, en evitant le pietinement et en proposant regulierement des paddocks a herbe fraiche et abondante, renforce ces benefices. La gestion du parasitisme est egalement facilitee : un temps de repos suffisant entre deux passages rompt les cycles des parasites internes. Pour completer votre protocole sanitaire, consultez notre calendrier de vaccination des bovins. Le paturage favorise egalement la sante du sol : le passage regulier et bref du troupeau stimule le recyclage de la matiere organique. Ces aspects sont de plus en plus valorises par les labels et certifications de la viande bovine qui imposent des durees minimales de paturage. Pour tout savoir sur les pratiques agropastorales innovantes, suivez notre rubrique actualites de la filiere bovine et consultez notre blog bovin.
Paturage tournant et changement climatique : une reponse adaptee
Face aux aleas climatiques croissants (secheresses estivales repetees, printemps tres humides), le paturage tournant offre une flexibilite precieuse. En periode de secheresse, il est possible de ralentir ou d’arreter la rotation, de baisser la charge instantanee et de completer avec des fourrages conserves sans avoir a rationner brutalement les animaux. La mise en place de couverts plurispecifiques (melanges graminees-legumineuses) ameliore la resilience des prairies face aux aleas climatiques : les legumineuses (trefle blanc, lotier) fixent l’azote atmospherique, reduisent les besoins en fertilisation et maintiennent une production en conditions seches. Ces pratiques s’integrent dans une vision globale de la durabilite de l’elevage bovin, en lien avec les performances genetiques des races les plus adaptees aux systemes herbagers. Le choix des taureaux via l’insemination artificielle bovine doit integrer le critere d’aptitude au paturage et de rusticite pour les systemes herbagers economes en intrants. Notre lexique bovin vous donnera toutes les definitions pour maitriser le vocabulaire de la gestion des prairies.
Pour profiter pleinement de cette légumineuse en pâturage tournant, voir notre fiche trèfle violet en prairie bovine : intérêts agronomiques et nutritifs.
