✏️ Laurent V.📅 26 avril 2026📁 Santé & soins vétérinaires

Les maladies des bovins constituent la première source de pertes économiques dans les élevages français, devant les accidents et les problèmes de reproduction. Leur prévention efficace passe par une connaissance précise des pathologies les plus fréquentes, de leurs signes d’alerte et des protocoles de protection disponibles. Ce guide passe en revue les grandes familles de maladies bovines, de la pneumonie du veau aux affections à déclaration obligatoire.

Éleveur examinant une vache allongée dans une stabulation moderne

Maladies respiratoires bovines : la première cause de mortalité des veaux

Les maladies respiratoires représentent, selon les données de l’ADILVA (Association Diagnostique Interactions Laboratoires Vétérinaires et Agriculture), la première cause de prescription d’antibiotiques en élevage bovin. Elles touchent principalement les veaux entre 2 semaines et 6 mois, avec un pic en automne et en hiver lors des rentrées en stabulation.

Le complexe respiratoire bovin (CRB)

Le CRB résulte d’une combinaison de virus (IBR, RSV, PI3, BVD) et de bactéries (Mannheimia haemolytica, Pasteurella multocida, Mycoplasma bovis) agissant en synergie sur un système respiratoire fragilisé par le stress, le froid ou les variations de température. Les signes caractéristiques sont les suivants :

Tout veau présentant deux de ces signes simultanément doit être isolé et examiné sans délai. La prise en charge dans les 24 premières heures divise par trois la mortalité et réduit significativement les séquelles pulmonaires chroniques.

Prévention du CRB : les leviers disponibles

La prévention du complexe respiratoire repose sur trois piliers complémentaires. La vaccination des mères en fin de gestation de la vache (vaccins IBR, RSV, PI3) transfère des anticorps colostraux au veau nouveau-né. La vaccination directe des veaux à partir de 2-3 semaines de vie renforce cette protection. Enfin, l’optimisation de la ventilation des bâtiments, la réduction de la densité animale en période de démarrage et l’apport de colostrum de qualité dans les 6 premières heures constituent des mesures indispensables quelle que soit la couverture vaccinale.

Vétérinaire vaccinant un veau dans un couloir de contention

Maladies digestives : diarrhées et entérites néonatales

Les diarrhées néonatales représentent la deuxième cause de mortalité des veaux avant 30 jours. Elles peuvent être d’origine infectieuse (rotavirus, coronavirus, E. coli entérotoxinogène, Cryptosporidium parvum) ou nutritionnelle (excès de lait, mauvaise qualité du colostrum). Les signes d’alarme sont la déshydratation rapide (yeux enfoncés, plis de peau persistants), la faiblesse et l’acidose métabolique. Un veau déshydraté à 8 % est en danger de mort — la réhydratation orale ou intraveineuse doit être engagée immédiatement.

La BVD : la maladie immunosuppressive de référence

La Diarrhée Virale Bovine (BVD) mérite une attention particulière car elle n’est pas seulement une maladie digestive : c’est avant tout un immunosuppresseur qui aggrave toutes les autres pathologies. Les animaux IPI (Infectés Persistants Immunotolérants), nés de mères infectées en début de gestation, excrètent le virus BVD en permanence et contaminent l’ensemble du troupeau. Une séroprévalence élevée dans un élevage est souvent le signe d’un ou plusieurs IPI non identifiés. Le dépistage BVD par test ELISA sur les oreillons des veaux à la naissance est l’outil de détection le plus efficace et le moins coûteux. La France a engagé un programme national d’éradication de la BVD depuis 2024.

Maladies de la reproduction et de la mamelle

Ces affections touchent directement la productivité des femelles et représentent un coût économique majeur en termes de fertilité réduite, de réforme précoce et de pertes laitières.

Métrites et vaginites post-partum

Les infections utérines post-partum touchent 15 à 40 % des vaches selon les élevages, avec une incidence maximale dans les 21 premiers jours après vêlage. Les facteurs de risque principaux sont la rétention placentaire, les vêlages dystociques, une alimentation déséquilibrée en fin de gestation et les conditions d’hygiène insuffisantes au vêlage. Les métrites graves (fièvre > 39,5°C, pertes brunâtres fétides, abattement) nécessitent une antibiothérapie systémique par voie parentérale. Les endométrites subcliniques, sans signe général, se dépistent par cytologie utérine ou vaginoscopie et traitent avec des prostaglandines pour déclencher la vidange utérine.

Mammites : classification et protocoles de contrôle

Les mammites, inflammations de la mamelle, sont la pathologie la plus coûteuse en élevage laitier. On distingue les mammites cliniques (douleur, chaleur, modification du lait visible) des mammites subcliniques, détectables uniquement par un comptage des cellules somatiques (CCS) dans le lait supérieur à 200 000 cellules/ml. Le taux de guérison bactériologique varie fortement selon les pathogènes : Staphylococcus aureus est l’agent le moins répondeur aux traitements (taux de guérison < 30 %), tandis qu'Escherichia coli et Streptococcus uberis répondent mieux. Le programme de contrôle laitier (traitement au tarissement systématique ou sélectif, désinfection des trayons après chaque traite) reste le socle de la maîtrise des mammites.

Troupeau de bovins Limousins en bonne santé pâturant dans un pré français

Maladies à déclaration obligatoire et surveillance épizootique

Certaines maladies bovines sont soumises à déclaration obligatoire auprès de la DDPP (Direction Départementale de la Protection des Populations) dès la moindre suspicion clinique. Toute déclaration tardive expose l’éleveur à des sanctions administratives et peut retarder les mesures de contrôle. Les principales maladies réglementées concernant les bovins en France sont :

En cas de suspicion de l’une de ces maladies, isolez immédiatement les animaux suspects, contactez votre vétérinaire sanitaire et votre GDS (Groupement de Défense Sanitaire) départemental. Le calendrier de vaccination bovine contre IBR, BVD et FCO constitue le premier rempart contre les épizooties les plus courantes.

Questions fréquentes

Quelles sont les maladies bovines les plus fréquentes en élevage français ?

Les maladies respiratoires (complexe respiratoire bovin) et les diarrhées néonatales sont les deux premières causes de mortalité des veaux. Chez les adultes, les mammites, les métrites et les boiteries représentent les pertes économiques les plus importantes. La BVD est considérée comme la maladie immunosuppressive de fond la plus répandue dans les troupeaux non vaccinés.

Comment éviter les maladies dans mon troupeau bovin ?

La prévention repose sur quatre piliers : un plan de vaccination adapté à votre profil sanitaire (IBR, BVD, clostridioses minimum), une gestion stricte de la quarantaine pour les animaux entrants (21 jours), des conditions d’élevage limitant le stress (densité, ventilation, hygiène des logettes) et un suivi régulier par votre vétérinaire sanitaire avec bilan de troupeau annuel.

Quels vaccins sont indispensables pour un troupeau bovin allaitant ?

Pour un troupeau allaitant, les vaccins prioritaires sont : BVD (indispensable si IPI non éradiqués), IBR (obligatoire dans les zones à statut indemne), clostridioses (entérotoxémies, tétanos), et FCO selon le statut réglementaire de la zone. Le protocole précis doit être établi avec votre vétérinaire en fonction du statut sanitaire de votre élevage et de la pression de risque locale.

Pour approfondir la gestion sanitaire, consultez notre dossier sur la dermatite chez les bovins et découvrez comment le logiciel Boviclic facilite le suivi sanitaire de votre troupeau.