✏️ Laurent V.📅 26 avril 2026📁 Alimentation & nutrition

L’enrubannage s’est imposé en deux décennies comme l’alternative de référence à l’ensilage en élevage bovin, notamment pour les petites et moyennes exploitations qui ne disposent pas de fosse à ensilage. Ce mode de conservation permet de récolter de l’herbe, du méteil ou des dérobées à un stade végétatif optimal, de limiter les pertes par respiration et lixiviation, et de produire un fourrage fermenté de haute valeur énergétique. Maîtriser la technique est cependant indispensable pour éviter les écueils les plus courants.

Enrubanneuse enroulant une balle de foin avec du film plastique blanc dans un champ

Enrubannage vs ensilage : quelles différences concrètes ?

Ces deux techniques de conservation reposent sur le même principe biologique : créer un milieu anaérobie pour permettre la fermentation lactique et abaisser le pH du fourrage en dessous de 4,5, rendant ainsi le milieu hostile aux bactéries de putréfaction. La différence réside dans la forme et le mode de stockage.

Teneur en matière sèche : le critère déterminant

L’ensilage en fosse accepte des fourrages à 28-35 % de matière sèche (MS), voire moins pour le maïs ensilage. L’enrubannage, lui, est optimal entre 35 et 50 % de MS. En dessous de 35 % MS, les fermentations butyriques et la production de jus de silo constituent un risque majeur de déclassement du fourrage et de pollution (le jus de balle a une DBO5 équivalente à du lisier concentré). Au-delà de 50 % MS, les fermentations s’arrêtent trop tôt et le pH ne descend pas suffisamment, favorisant les moisissures et les levures lors de l’ouverture. Un préfanage de 4 à 12 heures après la fauche permet d’atteindre la plage cible.

Comparatif : avantages et inconvénients face à l’ensilage

Dans la ration alimentaire des bovins de vaches allaitantes, l’enrubannage bien réalisé apporte typiquement 0,85 à 0,92 UFL/kg MS et 70 à 85 g PDIE/kg MS — des valeurs proches de celles d’un bon ensilage d’herbe.

Rangée de balles rondes enrubannées avec film blanc dans un champ français

Technique d’enrubannage : les règles à respecter

La qualité du fourrage enrubanné dépend de la rigueur appliquée à chaque étape du chantier. Un écart de procédure peut compromettre l’ensemble du lot.

Nombre de couches de film et choix du film

La règle minimale est de 4 couches de film à 50 % de chevauchement. En pratique, la plupart des conseillers fourrages recommandent 6 couches pour les enrubannages stockés plus de 9 mois ou en zones à risque de perforation (rongeurs, corbeaux). Le film standard mesure 750 mm de large et 25 microns d’épaisseur. Des films de 750 mm × 1 800 m à 30 microns sont disponibles pour les fourrages à haute teneur en eau ou les conditions climatiques difficiles. Vérifiez systématiquement la date de fabrication du film : un film stocké plus de 18 mois peut avoir perdu jusqu’à 30 % de ses propriétés d’étirabilité.

Délai d’enrubannage après pressage

Le délai entre la sortie de la presse et l’enrubannage ne doit pas dépasser 4 heures. Au-delà, l’air résiduel emprisonné dans la balle (environ 30 % du volume) permet le démarrage de fermentations aérobies indésirables et la production de chaleur. Une balle qui « chauffe » avant enrubannage est déjà dégradée. C’est pourquoi les combinés presse-enrubanneuse (type Kverneland Comprima ou McHale Fusion) sont très appréciés : ils suppriment ce délai en enrubannant immédiatement après le pressage.

Stockage et surveillance des balles

Stockez les balles à l’abri du vent sur sol plat, en tas d’une seule couche ou deux couches maximum. Évitez le stockage à proximité de haies à épines (aubépines, prunelliers) ou de clôtures barbelées. Inspectez visuellement chaque balle tous les 15 jours : toute perforation, même minime, doit être colmatée immédiatement avec du film adhésif UV spécifique. Un bâton blessé non traité peut contaminer en profondeur une balle de 500 kg en 3 semaines.

Tracteur avec presse-enrubanneuse combinée récoltant de l'herbe dans une prairie

Coûts de l’enrubannage en 2026 : ce qu’il faut prévoir

Le coût de revient de l’enrubannage varie selon le mode de réalisation (travail en propre, CUMA ou ETA) et les conditions de chantier. Pour une exploitation moyenne du Massif central réalisant 500 balles par an en 2026, les éléments à budgéter sont :

Ce coût est à comparer à un ensilage en fosse (20 à 35 € la tonne MS en CUMA) ou à l’achat de fourrage (120 à 180 € la tonne MS de foin de première coupe en 2026). Pour améliorer le GMQ des jeunes bovins à l’auge, un enrubannage bien conservé peut avantageusement remplacer une partie du concentré. Pour la gestion du pâturage globale du stock fourrager, consultez notre article dédié à la gestion des fourrages.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre enrubannage et ensilage ?

Les deux techniques conservent le fourrage par fermentation lactique en anaérobie. La différence principale est la teneur en matière sèche : l’ensilage est récolté à 28-35 % MS et stocké en fosse ou balles en big bag, l’enrubannage cible 35-50 % MS et utilise des balles individuelles gainées de film étirable. L’enrubannage nécessite moins d’investissement initial mais coûte plus cher à la tonne produite sur le long terme.

Combien de couches de film faut-il pour un bon enrubannage ?

4 couches minimum, 6 couches recommandées pour un stockage supérieur à 9 mois ou en zone à risque de perforation. Chaque couche supplémentaire représente 1 à 2 € de plus par balle mais multiplie la protection contre les entrées d’air. Ne jamais descendre en dessous de 4 couches, même pour des fourrages destinés à une consommation rapide.

À quel stade végétatif faut-il enrubanner l’herbe ?

Le stade optimal pour l’herbe est le début d’épiaison (20-30 % de tiges épiaison) : c’est le meilleur compromis entre valeur énergétique (UFL maximale) et rendement (masse végétale suffisante). Récolter trop tôt donne une herbe trop humide difficile à préfaner correctement. Récolter trop tard (herbe lignifiée) réduit la digestibilité et la valeur PDIE. Pour les méteils (avoine + pois + vesce), la récolte se fait au stade lait-pâteux des céréales.

Complétez votre approche avec notre guide sur les fourrages en élevage bovin et optimisez la valorisation de vos fourrages en explorant l’élevage de taurillons : conduite, alimentation et valorisation.