La Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC) continue de progresser en Europe et a désormais été détectée dans des élevages bovins du département du Jura. Cette maladie virale, transmise principalement par des insectes piqueurs (stomoxes, moucherons, tiques), provoque des nodules cutanés, de la fièvre, une chute de production laitière et, dans les cas sévères, des avortements et la mort des animaux. Après la vague de DNC en Espagne documentée en 2024-2025, la situation dans le Jura mérite une attention particulière de l’ensemble des éleveurs de la région et des départements voisins.

DNC dans le Jura : point épidémiologique en 2026
Les premiers cas de DNC dans le Jura ont été confirmés par le Laboratoire Départemental d’Analyses (LDA 39) et notifiés à la DGAL (Direction Générale de l’Alimentation) au cours de l’automne 2025. La diffusion de la maladie dans ce département s’explique par plusieurs facteurs : la densité du cheptel bovin jurassien (le département compte plus de 200 000 bovins, essentiellement des vaches laitières Montbéliardes), la présence de vecteurs insectes abondants en été et en automne, et les échanges d’animaux lors des foires et marchés régionaux. En 2026, des zones réglementées (ZR) ont été délimitées autour des foyers confirmés, imposant des restrictions de mouvement aux éleveurs concernés.
Le virus de la DNC (Lumpy Skin Disease Virus, LSDV) appartient à la famille des Poxviridae. Il n’est pas transmissible à l’homme mais représente une menace économique majeure pour les élevages touchés : chute de production laitière de 50 à 80 % pendant la phase aiguë, mammites secondaires, retards de reproduction, dépréciation des carcasses. En Bulgarie et en Grèce, premiers pays européens touchés en 2015-2016, certains élevages ont perdu jusqu’à 10 % de leur troupeau lors des premières vagues épizootiques.
Symptômes et diagnostic de la DNC chez les bovins
Les signes cliniques à repérer
Les premiers signes de la DNC apparaissent 2 à 5 semaines après la contamination. La fièvre (41-42 °C) est souvent le premier signe observé, accompagnée d’abattement et d’hypersalivation. Les nodules cutanés — fermes, bien délimités, de 2 à 5 cm de diamètre — apparaissent ensuite sur tout le corps, avec une prédilection pour la tête, l’encolure, les flancs et le pis. Une atteinte des muqueuses (bouche, nez, yeux) est possible. Chez les vaches laitières, la chute de production survient rapidement et peut être le premier signe visible en l’absence d’examen clinique systématique.
Face à ces signes, l’éleveur doit immédiatement contacter son vétérinaire sanitaire et signaler la suspicion à la DDPP (Direction Départementale de la Protection des Populations). Tout mouvement d’animaux depuis l’exploitation doit être suspendu dans l’attente des résultats de laboratoire. Le calendrier de vaccination des bovins préventif (vaccin homologué contre la DNC — vaccin Neethling) est le seul moyen de protection efficace et doit être réalisé avant la saison des insectes vecteurs (avant mai-juin en zone tempérée).
Le protocole de diagnostic officiel
Le diagnostic de certitude repose sur la mise en évidence du virus par PCR sur des prélèvements de nodules cutanés ou de sang. En cas de suspicion, le vétérinaire sanitaire réalise les prélèvements et les achemine vers le LDA ou le laboratoire national de référence (ANSES Maisons-Alfort). Le délai de confirmation est de 24 à 72 heures. En cas de confirmation, l’exploitation est placée sous APDI (Arrêté Préfectoral de Déclaration d’Infection), entraînant le blocage des mouvements d’animaux, la mise en place d’une zone de protection (3 km) et d’une zone de surveillance (10 km).

Mesures sanitaires à appliquer dans les élevages jurassiens
Pour les élevages situés dans les zones de surveillance ou à proximité des foyers confirmés, plusieurs mesures s’imposent dès maintenant. La lutte contre les vecteurs insectes est primordiale : utilisation d’insecticides (perméthrine, deltaméthrine) sur les animaux et dans les bâtiments, moustiquaires sur les ouvertures des stabulations, élimination des points d’eau stagnante où se développent les larves de moucherons. Ces mesures réduisent significativement la pression vectorielle, notamment lors des pics d’activité des insectes (mai à octobre).
Sur le plan des mouvements d’animaux, tout achat ou vente doit être précédé d’une vérification de statut sanitaire de l’exploitation d’origine dans la base nationale SIGAL. Les foires et marchés dans les zones réglementées sont soumis à des autorisations préfectorales spécifiques. Pour les éleveurs en zone indemne, la vigilance reste de mise : surveiller les animaux achetés en quarantaine de 21 jours après leur entrée dans l’exploitation, et notifier toute suspicion sans délai. Les aides PAC pour les éleveurs bovins ne sont pas impactées par la DNC mais les restrictions de mouvements peuvent perturber les livraisons vers les abattoirs et affecter la trésorerie des exploitations.
Vaccination contre la DNC : ce que l’éleveur doit savoir
La vaccination est la mesure préventive la plus efficace contre la DNC. En France, le vaccin homologué (Lumpyvax ou équivalent) est disponible sur prescription vétérinaire. Il confère une immunité solide en 4 à 6 semaines après injection et dure au moins 12 mois. Dans les zones à risque (Jura et départements limitrophes en 2026), la campagne de vaccination est fortement recommandée avant la saison estivale. Interbev et la filière bovine a soutenu des programmes de vaccination collective dans les régions touchées, parfois cofinancés par les organisations professionnelles et les fonds de solidarité interprofessionnels.

Questions fréquentes
La DNC est-elle transmissible à l’homme ?
Non. La Dermatose Nodulaire Contagieuse est une maladie strictement animale qui n’est pas transmissible à l’homme. Elle n’est pas une zoonose. La viande et le lait des animaux contaminés ne présentent aucun risque sanitaire pour le consommateur — ils ne peuvent cependant pas être commercialisés depuis une exploitation sous APDI pour des raisons réglementaires de traçabilité.
Quelles indemnisations en cas de foyer DNC dans mon élevage ?
En cas de foyer confirmé, les éleveurs peuvent bénéficier d’indemnisations via le FMSE (Fonds de Mutualisation des Risques Sanitaires et Environnementaux) pour les pertes directes (animaux morts, frais vétérinaires). L’État prend également en charge les frais de vaccination dans le cadre des campagnes officielles. Les pertes indirectes (chute de production, frais de désinfection, restriction de mouvements) peuvent être partiellement couvertes selon les dispositifs activés par la préfecture. Consultez votre GDS (Groupement de Défense Sanitaire) départemental pour connaître les modalités exactes.
Comment protéger mon troupeau si je suis en zone de surveillance DNC ?
En zone de surveillance, appliquez dès maintenant : vaccination préventive sur l’ensemble du troupeau (bovins de plus de 4 mois), traitement insecticide des animaux et des bâtiments toutes les 3 à 4 semaines, suppression des points d’eau stagnante, surveillance quotidienne des animaux pour détecter les premiers signes cliniques, et signalement immédiat de toute suspicion à votre vétérinaire sanitaire. La biosécurité (désinfection des entrées, limitation des visiteurs) renforce l’ensemble du dispositif.
Pour aller plus loin
L’élevage bovin forme un système complet où races, alimentation, santé et gestion économique s’articulent. Pour prolonger cette lecture, nous recommandons :
- notre dossier complet sur la Dermatose Nodulaire Contagieuse — pour approfondir le cadre clinique et réglementaire de la DNC.
- notre article sur les stomoxes en élevage — les stomoxes figurent parmi les vecteurs suspectés dans la diffusion de la DNC.
- notre fiche Baycox bovin — traitement à connaître dans le contexte des co-infections bovines en zone DNC.
- notre fiche Finadyne bovin — gestion de la douleur et de l’inflammation lors d’épisodes DNC.
- notre dossier sur le salon Est Élevage — pour suivre les annonces sanitaires et les retours d’éleveurs du Grand Est.
