Les stomoxes (Stomoxys calcitrans) sont des mouches piqueuses dont la pression sur les élevages bovins est souvent sous-estimée. Contrairement aux mouches communes, les stomoxes sont hématophages : ils prélèvent du sang sur leurs hôtes à chaque repas, provoquant une irritation intense et une réduction significative des performances zootechniques. En période estivale, une infestation sévère peut coûter jusqu’à 300 g de GMQ par animal et par jour selon des données ACTA. Identifier, prévenir et traiter les stomoxes devient donc un enjeu économique direct pour l’éleveur.

Stomoxes en élevage bovin : identification et cycle biologique
Le stomoxyse (Stomoxys calcitrans), aussi appelé « mouche des étables » ou « mouche charbonneuse », mesure 5 à 7 mm et ressemble à la mouche domestique. La différence clé : sa trompe est dure et pointue, projetée vers l’avant au repos — ce qui permet de l’identifier à l’œil nu. Les deux sexes sont hématophages, contrairement aux taons où seules les femelles piquent. Chaque individu prend 2 à 3 repas de sang par jour, principalement sur les membres antérieurs et le ventre des bovins.
Cycle biologique et sites de reproduction
La femelle pond ses œufs dans les matières organiques en décomposition humides : litière souillée, fumier frais, ensilage raté, végétation morte en bordure de bâtiments. Le cycle complet (œuf → larve → nymphe → adulte) dure 14 à 28 jours selon la température. À 25 °C, une population peut doubler en moins de 3 semaines. C’est pourquoi les infestations explosent en juin-août, dès que les conditions de chaleur et d’humidité sont réunies. La pression maximale est observée en stabulation et dans les zones de stockage du fumier mal géré.
Impact des stomoxes sur les performances du troupeau
L’impact économique des stomoxes est multidimensionnel. En premier lieu, le comportement : les bovins infestés passent un temps considérable à se gratter, taper du sabot et regrouper leur troupeau dos au vent — au détriment du temps de pâturage et de rumination. Cette agitation réduit l’ingestion alimentaire, ce qui se répercute directement sur le GMQ en élevage bovin. Des études menées aux États-Unis (USDA) estimaient déjà en 2012 les pertes liées aux stomoxes à plus d’1,5 milliard de dollars par an pour l’élevage bovin américain.
Rôle vecteur des stomoxes dans la transmission de maladies
Au-delà de l’irritation directe, les stomoxes jouent un rôle de vecteur mécanique dans la transmission de plusieurs agents pathogènes. Ils peuvent transmettre le virus de la MHE chez les bovins (Maladie Hémorragique Épizootique) entre animaux, ainsi que certains agents de maladies des bovins comme Trypanosoma, des virus de leucose et des bactéries de surinfection cutanée. La dermatite chez les bovins secondaire liée aux lésions de piqûres est fréquente sur les membres antérieurs et l’abdomen des animaux fortement infestés.

Prévention et lutte contre les stomoxes : stratégie intégrée
La lutte contre les stomoxes repose sur une approche intégrée combinant gestion des gîtes larvaires, moyens physiques et traitements chimiques ciblés. Aucune de ces méthodes n’est efficace seule sur le long terme.
1. Gestion des gîtes larvaires
C’est la mesure la plus efficace et la moins coûteuse. Retirer régulièrement la litière souillée et le fumier des abords de bâtiments, évacuer les amas de végétation décomposée et drainer les zones humides en bordure de stabulation réduit drastiquement la disponibilité en sites de ponte. Un curage bimensuel des zones à risque en période estivale peut diviser la pression de stomoxes par 3 à 4 selon des références FREDON. Il est également recommandé de couvrir les tas de fumier avec une bâche ou du VALTEC pour limiter l’accès des femelles pondeuses.
2. Moyens physiques : pièges et filets
Les pièges collants (type Vamofly ou Alsynite) positionnés dans les bâtiments à la lumière capturent efficacement les adultes en phase d’activation. Ils permettent aussi de monitorer le niveau d’infestation avant de décider d’un traitement chimique. Les filets anti-insectes aux entrées de bâtiments réduisent l’exposition en stabulation. Ces solutions physiques sont intéressantes dans les élevages biologiques ou pour lesquels les délais d’attente des insecticides sont contraignants. Le suivi des captures peut être enregistré dans un outil de gestion comme Boviclic pour historiser les données sanitaires.
3. Traitements insecticides
En cas de pression importante, les traitements insecticides pyréthrinoïdes (perméthrine, deltaméthrine) appliqués en pour-on sur le dos des animaux ou en spray dans les bâtiments restent les plus utilisés en France. Les délais d’attente viande varient de 3 à 14 jours selon les spécialités — vérifiez systématiquement la notice et consultez votre vétérinaire avant tout traitement. L’alternance de molécules est recommandée pour limiter les phénomènes de résistance, signalés dans plusieurs régions françaises depuis 2019. Les traitements larvicides appliqués sur les zones de ponte (stade larvaire) complètent l’action sur les adultes.

Questions fréquentes
Comment identifier les stomoxes sur mes bovins ?
Les stomoxes ressemblent à des mouches domestiques mais leur trompe est dure et projetée vers l’avant. Ils se posent principalement sur les membres antérieurs et le ventre des bovins. Les animaux infestés montrent des signes d’agitation (grattage, tapes de sabot, regroupement en troupeau), surtout en milieu de journée. En stabulation, on peut les observer se gorger sur les bêtes au repos.
Quelle est la période à risque pour les stomoxes en France ?
La pression de stomoxes est maximale de juin à septembre, avec un pic en juillet-août. Elle est corrélée à la chaleur et à l’humidité. Dans les régions atlantiques et méditerranéennes, les premières populations apparaissent dès mai. En cas d’été pluvieux et chaud, la pression peut s’étendre jusqu’en octobre.
Les stomoxes transmettent-ils des maladies aux bovins ?
Oui. Les stomoxes sont des vecteurs mécaniques de plusieurs agents pathogènes : virus MHE, Trypanosoma, agents de leucose et bactéries de surinfection cutanée. Leur rôle dans la transmission de la MHE entre animaux au sein d’un troupeau est documenté. Une infestation non maîtrisée augmente donc le risque sanitaire global du troupeau, en plus des pertes de performances directes.
Pour aller plus loin
L’élevage bovin forme un système complet où races, alimentation, santé et gestion économique s’articulent. Pour prolonger cette lecture, nous recommandons :
- notre fiche Baycox bovin — traitement anticoccidien souvent associé à la lutte antiparasitaire globale.
- notre fiche Finadyne bovin — gestion de la douleur lors d’infestations parasitaires lourdes.
- notre dossier complet sur la DNC — les stomoxes figurent parmi les vecteurs suspectés de transmission.
- notre point sur la DNC dans le Jura — contexte épidémique récent où les stomoxes sont scrutés.
- notre dossier sur les chiens de troupeaux — la maîtrise du pâturage limite l’exposition aux stomoxes en plein air.
- notre guide abreuvoir pour vaches — la propreté des abreuvoirs limite la prolifération des stomoxes en bâtiment.
